Au cours de ses 2500 ans d’existence, Bilhorod-Dnistrovskyï a acquis une histoire très riche, traversé de nombreuses époques et ses nombreux noms témoignent des fréquents déplacements et changements de population, mais les rives rapides du Dniestr ont toujours été densément habitées.
L’histoire de Bilhorod-Dnistrovskyï commence à la fin du VIe siècle av. J.-C., lorsque des colons venus de la cité d’Asie Mineure, Milet, fondèrent sur la rive occidentale du Dniestr la ville d’Ofioussa – Tyras. Les vestiges de l’ancienne Tyras, situés près de l’actuel Bilhorod-Dnistrovskyï, constituent un monument unique de l’histoire et de la culture. Au cours de près d’un millénaire d’existence, Tyras subit de nombreuses invasions – Gètes, Goths, Huns ; et aux premiers siècles de notre ère, la cité fut intégrée à l’Empire romain et prit alors le nom d’Alba Julia. Les premiers Slaves l’appelèrent Turis, les Oulitchi et les Tivertsi – Bilhorod.
Au XIIe siècle, Bilhorod intégra le principauté de Galicie-Volhynie, puis, à partir de 1214, passa sous la domination du royaume de Hongrie. À la fin du XIVe siècle, la ville fit partie du grand principauté de Moldavie et prit le nom de Cetatea Albă. Elle devint alors son principal port et la capitale des provinces méridionales de Moldavie. C’est à cette époque que s’acheva la construction d’une puissante forteresse – l’un des monuments les plus remarquables et intéressants de l’architecture défensive du Moyen Âge.
L’édification d’un tel ouvrage de fortification était liée avant tout à l’instabilité politique de la région. Quant à la date exacte de construction de la forteresse, les versions divergent : certains la considèrent comme turque, d’autres moldave, et la citadelle comme génoise. Sa construction s’étendit sur près de deux siècles (XIIIe–XVe siècles). De tout temps, la forteresse a impressionné par sa puissance et son imprenabilité. Construite sur une haute berge rocheuse de l’estuaire du Dniestr, à partir de la pierre locale – le calcaire –, elle forme un polygone irrégulier d’un peu plus de 9 hectares. En montant sur le chemin de ronde, on peut parcourir le périmètre de la forteresse et découvrir les particularités architecturales et constructives de la ligne défensive.
Au XVe siècle, l’Empire ottoman tenta de s’emparer de la ville et de sa forteresse. L’assaut le plus dur et le plus cruel eut lieu en août 1484, lorsque l’armée turque de 300 000 hommes du sultan Bayezid II, l’armée de 50 000 hommes du khan de Crimée Mengli-Giray et 100 navires de guerre assiégèrent la forteresse par terre et par mer. Les assaillants comblèrent le profond fossé défensif, creusèrent des tranchées pour l’artillerie, bombardèrent de tous côtés, puis lancèrent l’assaut. Après une résistance acharnée, les défenseurs furent contraints de céder. S’ensuivit une domination turque de 328 ans : la ville prit alors le nom d’Akkerman (« pierre blanche ») et devint le centre du sandjak d’Akkerman. L’Empire ottoman en fit l’un de ses points d’appui dans le nord. Par la suite, la ville fut la cible d’innombrables attaques de la part des Cosaques zaporogues, des Moldaves et des Polonais, mais Akkerman resta une forteresse imprenable. Les vassaux de l’Empire ottoman – les Tatars de Crimée – ne l’ignoraient pas non plus : Akkerman servait souvent de base à leurs campagnes, et le khan de Crimée Islam II Giray mourut même dans la forteresse et fut enterré dans une mosquée dont il ne subsiste aujourd’hui qu’un minaret. Durant la longue domination ottomane, la forteresse fut à plusieurs reprises agrandie et renforcée en fonction des nouvelles technologies militaires. En 1657, le vizir Melek Ahmed Pacha la renforça considérablement. En 1707, les Ottomans firent appel à des ingénieurs militaires français, qui édifièrent une nouvelle ligne de bastions. À partir de 1756, les travaux de renforcement et d’agrandissement furent quasi annuels.
Au XVIIIe siècle, la Russie devint un empire nourrissant de grandes ambitions territoriales dans le système des relations internationales. Les événements de trois guerres russo-turques touchèrent les terres de la mer Noire septentrionale. En 1770, après dix jours de siège, les troupes du général de brigade I.A. Igelström prirent la ville pour la première fois. En 1789, la forteresse fut assiégée par les armées dirigées par G. Potemkine, la flotte de la mer Noire commandée par F.F. Ouchakov, et participèrent également M. Koutouzov, M. Platov, Barclay de Tolly. En 1832, la forteresse perdit son statut de place militaire, et en 1896 elle fut déclarée monument historique et architectural.
Aujourd’hui, la forteresse de Bilhorod-Dnistrovskyï est un monument d’importance nationale, très attractif pour les nombreux touristes. On y organise divers festivals, les murs de la forteresse sont « assiégés » lors de représentations théâtrales, et des tournois de chevaliers y ont lieu.


